Les Grecs de Paomia
Un refuge en 1676
En janvier 1676, environ 600 Grecs originaires de Vitylo (Oítylo), dans la région du Magne au sud du Péloponnèse, fuient l'occupation ottomane. Après avoir négocié leur accueil avec la République de Gênes, alors maîtresse de la Corse, ils s'établissent dans l'arrière-pays du golfe de Sagone, sur le site de Paomia. Ils y relèvent des terres abandonnées, bâtissent des hameaux et y font vivre leur langue et leur rite grec.
Des tensions avec le voisinage
L'installation de cette communauté distincte, par sa langue, sa religion et sa fidélité à Gênes, suscite l'hostilité des populations corses voisines. Les tensions culminent autour de 1730, dans le contexte des révoltes corses contre Gênes. Attaqués, les Grecs de Paomia doivent abandonner leurs hameaux : ils se réfugient d'abord dans la tour d'Omigna, puis à Ajaccio vers 1731-1732, où ils demeureront plusieurs décennies.
La fondation de Cargèse (1775)
En 1773, alors que la Corse est passée sous administration française, le gouverneur Marbeuf attribue à la communauté grecque le territoire de Cargèse, sur la côte proche de Paomia. À partir de mai 1775, une centaine de familles grecques s'y établissent et fondent le village, bâti d'environ 120 maisons. Cargèse conserve depuis lors son héritage grec, visible notamment dans son église de rite byzantin qui fait face à l'église latine.
Paomia aujourd'hui
Le site de Paomia n'a jamais été totalement délaissé. Ancien centre de sa pieve médiévale, il subsiste sous la forme de plusieurs hameaux habités — Rondulinu, Curona, Pancone et U Cuventu — administrativement rattachés à la commune de Cargèse. Chapelles, terrasses et vestiges y rappellent discrètement la première aventure grecque en Corse.